Les inondations

Les abaissements inégaux du profil en long, croisés avec la réduction de la largeur et la végétalisation du lit vif conduisent à une situation contrastée vis-à-vis des risques de débordement : certaines zones ont vu les risques d’inondation s’accroître (secteur de Lauris, La Roque d’Anthéron, Charleval, Mallemort) tandis que d’autres sont aujourd’hui mieux protégés (Villelaure, Meyrargues, Caumont, ...).

La faible activité hydrologique de la Durance entre 1960 et 1992, la disparition des crues ordinaires ainsi que l’image de la Durance domptée par la réalisation des barrages avait fait perdre, jusqu’en 1994, la perception du risque d’inondation, alors même que les crues sont peu affectées par tous ces aménagements. Les crues de janvier et novembre 1994 (environ 3 000 m3/s chacune) ont rappelé brutalement la réalité du risque de débordement de la Durance. Certains secteurs ont été très touchés : Les Mées (04), Pertuis (84), plaine de Lauris à Mallemort (84 et 13). Les zones industrielles de Manosque (04) et Châteaurenard (13), sans être directement inondées, ont été fortement menacées. A la fin du XIXè siècle, exceptés quelques secteurs comme Avignon et Lauris, le principal ouvrage de protection était le grand épi perpendiculaire au lit dont la fonction était de limiter les divagations de la rivière tout en favorisant l’enlimonnement des terres en amont des épis. L’exhaussement de ces terres en réduisait peu à peu la submersibilité.

Progressivement, les épis ont été reliés par des levées longitudinales : il s’agissait parfois de digues en dur, mais le plus souvent de simples bourrelets de terres étroits et irréguliers. A l’occasion de l’avancée de terres agricoles sur les forêts alluviales, les épis ont parfois été prolongés accompagnés de nouvelles levées doublant les précédentes. Dans la plaine les remblais issus du curage des canaux, les voies en remblai, les haies pare-vent, etc. ont aussi contribué au compartimentage du lit majeur.

Ainsi, actuellement, en dehors des secteurs protégés par des grandes lignes de défense longitudinales (autoroutes A51 et A7, digues de Cavaillon et Avignon), l’écoulement des crues est conditionné par des systèmes de protection par digues et épis, parfois complexes, voire anarchiques dont le comportement en crue est souvent imprévisible et peut s’avérer brutal comme l’ont montré les crues de 1994. L’urbanisation diffuse a rendu ces zones beaucoup plus sensibles aux inondations. L’occupation de la plaine a en effet évolué : aux quelques fermes anciennes, alors peu vulnérables, s’est ajouté au fil du temps une urbanisation diffuse, sensible aux inondations. Le niveau de protection assuré par des ouvrages conçus initialement pour la protection des terres agricoles n’est pas adapté à la nouvelle occupation de la plaine (fréquence des débordements mais surtout fragilité des ouvrages et rupture brutale en cas de surverses).

Enfin, les évolutions du lit (à la hausse ou la baisse) pourront modifier les risques de débordements. Depuis 1994, le Syndicat Mixte d’Aménagement de la Vallée de la Durance a réalisé pour le compte des communes et avec des subventions de l’Etat, de la Région, des Départements et de l’Agence de l’Eau un programme de restructuration et de confortement des systèmes de protection contre les crues (Pertuis, Lauris, La Roque d’Anthéron, Cavaillon, Noves, Châteaurenard, Avignon, etc.) qui se poursuit actuellement et se prolongera dans le futur dans le cadre du Contrat de Rivière du Val de Durance.