La morphologie fluviale

Avant les grandes perturbations des années 1950/1990, entre l’Escale et le Rhône, dominait un lit en tresse large et très mobile (largeur moyenne de 560 m au sein d’un espace de divagation d’une largeur moyenne de 840 ml). Le transport solide était fréquent (en moyenne 120 jours par an).

Les dérivations vers le canal industriel (associée à la régulation des crues ordinaires par la retenue de Serre-Ponçon pour le tronçon en amont de Sisteron) réduisent considérablement la capacité de transport de la Durance. On peut estimer que la capacité de transport par charriage a été divisée par 100 en amont du Buëch et par 10 en aval de l’Escale. Entre ces deux derniers points, le transit de matériaux est définitivement interrompu du fait de la présence des barrages de St-Lazare et de l’Escale.

Le régime des basses eaux a été profondément perturbé. Avant aménagement, les étiages naturels les plus sévères de la Durance ne descendaient pas au-dessous de 30 m3/s. Le tressage vif (lit à bras multiples fortement divaguant et forme naturelle de la Durance), qui est issu de la combinaison d’apports de graviers importants et de débits soutenus, n’est donc plus aujourd’hui le type morphologique dominant. Il ne persiste que dans quelques zones de réengravement, mais il ne s’agit que d’une forme dégénérée en raison du déficit des crues petites et moyennes.

Une tendance à la fixation du lit

En effet, les bancs se végétalisent peu à peu, ce qui favorise le dépôt de limons, le banc exhaussé deviens moins submersible, la végétation peut encore mieux se développer et le phénomène se développe ainsi lui-même. Cette évolution peut réduire sensiblement la capacité d’écoulement du lit. Pour entraver ce processus, des essartements (coupe de la végétation ligneuse dans le lit) réguliers sont conduits depuis la mise en service de l’aménagement. Il est tout de même à noter que la forte activité hydrologique de la Durance ces dix dernières années a permis de retrouver provisoirement une partie de sa capacité de transport, ce qui s’est traduit par un regain de mobilité du lit.

Les extractions passées ou actuelles conduisent à des phénomènes d’érosion régressive, qui se caractérisent par l’apparition de trains de méandres, avec un lit qui tend à se simplifier et de violentes érosions de berges. Il s’agit d’une forme transitoire jusqu’à ce que la pente tende vers une valeur assurant l’équilibre entre apports et capacité de transport. La tendance à la fixation du lit réapparaîtra alors.

Les apports naturels par charriage atteignaient de l’ordre de 500 000 m3/an à Mirabeau. Le réservoir de Serre-Ponçon et les aménagements du Verdon en ont supprimé définitivement environ 50 %. Actuellement, les seuls apports de graviers significatifs sont ceux de l’Asse (de l’ordre de 50 000 m3/an) et de la Bléone (environ 80 000 m3/an à court terme) depuis l’arrêt des extractions sur cet affluent. Toutefois, la gestion en crue de la retenue de l’Escale ne permet pas actuellement le transit de ces matériaux (capacité de la Durance de l’ordre de 40 000 m3/an).

Quelques perspectives

Entre Serre-Ponçon et l’amont du Buëch, les affluents apportent environ 45 000 m3/an de matériaux grossiers à mettre en relation avec la capacité de transport de la Durance de l’ordre de 1 500 m3/an. Il s’ensuit donc des exhaussements des confluents pouvant avoir des conséquences sur l’inondabilité. Le Buëch à lui tout seul apporte environ 80 000 m3/an de graviers au confluent dont seule une petite partie peut être repris du fait de la capacité de transport de la Durance quasiment nulle à travers la retenue de Saint-Lazare, d’où des problèmes d’exhaussements du lit, qui rendent indispensables des curages.

Le Contrat de Rivière du Val de Durance envisage un certain nombre d’actions (modification des modalités de gestion des barrages en période de hautes eaux, rétablissement du transit des matériaux, élargissement du lit, etc.) destinées à lutter contre les effets des perturbations de ces 50 dernières années.