L’hydrologie

Si l’on veut comprendre l’hydrologie de la Durance et les modifications du régime naturel issues de l’aménagement agro-industriel, il faut distinguer les trois régimes suivants :

- Le régime des basses eaux,
- Le régime des hautes eaux ou des crues ordinaires,
- Le régime des fortes crues.

Le régime des basses eaux

Le régime des basses eaux a été profondément perturbé. Avant aménagement, les étiages naturels les plus sévères de la Durance ne descendaient pas au-dessous de 30 m3/s. Toutefois, pendant les périodes estivales, les différentes prises d’eau situées tout au long de la rivière ne laissaient quasiment plus d’eau dans le lit de la Durance, sur sa partie aval, ce qui engendra notamment à la fin du XIXème siècle de nombreux et délicats conflits. La mise en service des aménagements a eu pour conséquence une mise en débit réservé correspondant au 1/40 du module naturel interannuel, soit des débits variant entre 2 et 4,5 m3/s entre Serre-Ponçon et le Rhône. En aval de Mallemort la situation est un peu différente depuis le plan de reconquête de l’Etang de Berre qui se traduit par des restitutions d’eaux à la Durance pouvant aller jusqu’à 250 m3/s afin de limiter les apports à l’Etang.

Le régime des hautes eaux ou des crues ordinaires

La gestion de la chaîne hydraulique a conduit à une quasi disparition des périodes de hautes eaux et réduit l’occurrence des crues ordinaires. Les crues des hauts bassins de la Durance et du Verdon sont en effet généralement totalement laminées par les grands barrages réservoirs de Serre-Ponçon et du Verdon, ce qui a eu comme conséquence la quasi disparition des crues de fonte nivale de printemps et de début d’été. Seules les crues du bassin versant intermédiaire (Buëch, Bléone, ...) peuvent conduire à des “déversés” dans le lit de la Durance, après avoir été amputées du débit dérivé dans le canal d’un maximum de 250 m3/s.

Entre Serre-Ponçon et l’amont du Buech, les crues ordinaires et moyennes (d’ordre décennal) ne sont plus formées que par le seul bassin versant intermédiaire et ne prennent de l’ampleur qu’à l’aval du Buëch. Cette modification du régime des crues ordinaires a eu comme conséquence une modification profonde du fonctionnement morphologique de la Durance (cf. morphologies) et une diminution de la perception du risque inondation chez les riverains.

Le régime des fortes crues

Le caractère exceptionnel et redouté des crues de la Durance est dû principalement à la puissance de la rivière, avec des débits pouvant atteindre 5 000 m3/s en Basse Durance et à sa mobilité exceptionnelle (avec un lit actif qui atteignait par endroit 1 km de largeur, un déplacement fréquent des bras, une forte capacité d’érosion et de divagation). L’analyse des débits disponibles montre que la valeur de 5 000 m3/s qui a été atteinte ou approchée 3 fois au XIXè siècle, est un ordre de grandeur réaliste de crue centennale naturelle à Mirabeau.

En aval de l’Escale, les crues fortes restent aujourd’hui proches de leur état naturel. En effet, la réduction des débits est faible pour les fortes crues en particulier du fait que les grandes crues de la Basse Durance se forment surtout en Moyenne Durance et le bassin à l’amont de Serre-Ponçon n’y contribue que peu. En amont du Buëch, une crue majeure sur une retenue de Serre-Ponçon très remplie pourra conduire à des déversements importants. On estime ainsi que la crue centennale effective actuelle au pied de Serre-Ponçon est de 1 000 m3/s contre 1 900 m3/s avant aménagement.